Le comité départementale du tourisme (CDT) des Pyrénées Atlantiques proposait le 23 juin, aux professionnels du tourisme du département, une journée à l’exposition internationale de Saragosse. Sans trop y croire, vu le nombre de places proposées et la date tardive de mon inscription, je me suis retrouvée du voyage. Prise en charge toute la journée par l’organisation du CDT, c’était amusant d’être de l’autre côté de la barrière.
Le thème de l'exposition internationale 2008 est l’eau. A cette échelle, ce sujet constitue pour moi, le défit majeur que l’humanité doit relever maintenant, tout de suite.
Venue à la pêche aux idée, et aux infos, j’ai trouvé que tout cela manquait de fond.
Coté architecture c’est beau et effrayant à la fois. Les bâtiments aux lignes modernes ont des perspectives affolantes. Bétonnés, ferrés, vitrés, voilés ou encore plastifiés, les espaces sont immenses. Une foule déambule tranquillement dans ce paysage que je ne peux plus dire futuriste. La musique éléctrozen sauce “nature et découverte” qui dégouline des hauts parleurs m’inspire cette pensée : “Voici Globalia*”. Esthétique et rigide, si on se plie à sa loi, on pourrait croire avoir atteint le meilleur des mondes. Tout y est lisse, calibré, parfait. Les architectes ont trouvé leur inspiration dans la science fiction et quand je tombe sur le pavillon de l’Afrique en lamé argent je cherche le message dans les lettres du Mali qui tremblent et scintillent bousculées par le vent.
Pas le temps d’approfondir , je me retrouve en visite guidée dans les pavillons de l’Allemagne, du Japon, du Mexique et du Maroc. Le numérique est partout, les écrans plats, ultraplats, les lumières noires, les rayons lasers et autres effets de projections habillent l'intérieur des constructions. On nous parle de l’eau tout en évocations. Le japon nous fait voyager dans ses peintures anciennes pour retrouver la tradition de l’eau sur 3 écrans gigantesques qui au final s’ouvrent sur une vraie cascade de 10 m. Le Mexique, nous promène sur des passerelles qui s’enroulent autour d’images projetées dans tous les sens. Elles nous disent ce qu’est l’eau sous forme d’immenses planches de contact qui se répètent en longues suites informatiques. Le Maroc a choisi aussi de parler de son rapport le plus primitif avec l’eau. Des ustensiles anciens sont exposés et grâce au professionnalisme du guide, je me plonge dans un Maroc de vitrine, ou la senteur du hamam, du désert, du feu de bois ou des épices sort en fumigations sous des écrans design. Au milieu des tentes et des tapis, les images projetées au sol impriment mes traces dans un sable holographique. Il se transforme en eau striée d’ondes sous mes pas puis en carreaux de céramiques qui se retournent un à un comme les images des machines à sous. En Allemagne, des embarcations sur rails nous expliquent du fond des nappes phréatiques que l’eau est fragile. Les images sont mielleuses mais au final ce sont les seuls qui avant la sortie exposent leur savoir faire. Des filtres de caniveaux d’autoroutes aux circuits de retraitement de l’eau de douche pour les WC en passant par le nettoyage des grands fleuves, voilà tout à coup quelque chose de concret.
J’ai envie d’aller voir ce que font les nordiques, dans celui de la Suède il n’y a pas d’attente,j’y vais. Il y est entre autre présenté une voiture rechargeable mais aussi le pays, ses ressources en eau et son fonctionnement politique. C’est le pavillon de l’Europe qui m’a semblé le plus pragmatique. Tout commence par la loi européenne sur l’eau et l’échéance de son application. D’ici 2010, toutes les réserves d’eau des 27 pays de l’union européenne devront être “propres”. Pour penser à ce défit, des canapés disposés en rond dans une pièce circulaire, vous invitent à vous poser. L'atmosphère y est frais et sur l’ardoise discoïdale au centre de la pièce il est écrit : “Pensez à ces défits”. Bien vu, il vaut mieux s'asseoir pour réfléchir sinon on risque d’être pris de vertiges.
J’ai continué à déambuler dans cette ville champignon. Je n’ai pas visité le pavillon de l’Afrique.
Invitée à celui de la France par le CDT, j’y ai retrouvé la froideur et le vide des nouveaux musées. Le rez-de-chaussé est esthétique tout en lumières bleues et perles de nuit. L’étage est irrespirable avec ses fumigènes grossiers qui ne remplaceront jamais la fraîcheur brumisante d’un nuage. Le jardin d'intérieur comble un vide abyssale de fond et la silhouette de l’Ossau dégringolant vers la mer ne suffit pas à expliquer que ici, notre richesse est que les Pyrénées sont Atlantiques.
Enfin, j’ai été transportée, guidée, nourrie et très bien accueillie. Je suis ravie de cette journée et remercie vraiment tous les organisateurs du CDT. Elle nous a permis de nous rencontrer, acteurs du tourisme cloisonnés dans nos corps de métiers. Elle m’a donné envie de revenir pour essayer d’en savoir plus, voir le pavillon de la soif et celui de l’Afrique.
Elle m’a aussi fait prendre deux billets pour les deux journées de festival chez Emmaus à Pau ou seront présent José Bové et d’autres pour débattre de l’agriculture, de l’Afrique, de l’environnement, de l’énergie et de l’économie solidaire. Pour en savoir plus : http://www.emmaus-lescar-pau.com/
J’ai le sentiment que sur ce terreau là germent les idées, malheureusement l’argent ne pousse que sur le béton. Pour me consoler je repense à cette image d’un des films du site de Manu Chao (Keny Arkana - Carnet de Route : Un Autre Monde Est Possible) : “Ils ont le chiffre, nous avons le nombre”.
Tant pis si l’expo internationale sur l’eau est creuse, il y a des millions de gens sur terre qui ont envie de prendre leur l’avenir en main. Soyons seulement courageux et généreux, le sort des pays du sud et de nos enfants en sera sûrement meilleur.
* Globalia de Jean Christophe Ruffin un livre qui m’a beaucoup marqué, peut-être parce que je l’ai lu au Mali. Quoi qu’il en soit j’y repense très très souvent depuis trois ans.